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[TdF2026] Bilan, Watts, Records, Évolution. Par Frédéric Portoleau

01-08-2026, 08:08 - Frédéric Portoleau

Tadej Pogacar

L'ère de domination de Tadej Pogacar se poursuit sur le Tour de France et sur les grandes classiques. L'infatigable Slovène remporte un cinquième Tour de France, de manière similaire à 2024, avec cinq victoires d'étapes en montagne. La seule inquiétude fut le fameux contrôle à 5h du matin puis le relatif affaiblissement de son équipe en fin d'épreuve. Avec 457 watts de moyenne étalon sur cinq cols, il fait mieux qu'en 2024 (453 watts étalon). Les montées de cols étaient un peu plus courtes cette année (30 minutes en moyenne contre 33 minutes en 2024). Parmi les cols étudiés, seul le col du Tourmalet dépassait les 2000m, altitude au-delà de laquelle on constate une forte baisse de puissance pour les efforts aérobies. D'autre part, comme depuis plusieurs années, il n'y a plus d'étape tranquille, dite "de transition". La bataille se déclenche dès les premiers kilomètres pour prendre la bonne échappée et celle-ci se forme parfois après deux heures de course. Cette dépense d'énergie devrait logiquement affecter le potentiel des coureurs pour le dernier col; ce n'est pas le cas des premiers au classement général. De plus les fortes chaleurs n'ont pas gêné les meilleurs coureurs du Tour, en particulier Pogacar. Il réalise ses deux meilleures montées sur l'Alpe d'Huez et sur le col du Tourmalet.


En tirets bleus, un modèle statistique de profil de puissance issue d'une étude du journal scientifique Human Kinetics (2022).



Sur nos cinq ascensions "radar", il y a cette année un coureur au-dessus de 450 watts étalon (Pogacar), trois entre 430 et 450 (Evenepoel, Del Toro et Seixas) et quatre au-dessus de 410 (Martinez, Skjelmose, Ayuso et Carapaz). Deux coureurs avaient aussi le potentiel de dépasser les 430 watts étalon de moyenne en fin de Tour : Jonas Vingegaard et Florian Lipowitz mais ils ont abandonné après des chutes.



Le graphique suivant montre l'évolution des performances des vainqueurs depuis les années 80. Il a pour but de donner une tendance générale sur les puissances développées dans les cols. Pour les performances maximales comme pour les moyennes, depuis 2024, nous avons retrouvé pour le vainqueur du Tour de France le niveau de la fin des années 90, et même au-dessus de ce niveau pour les éditions 2024 et 2026. Les années 2010 ont été marquées par une baisse des puissances développées (mise en oeuvre du passeport biologique) avant un premier sursaut en 2020, année du Covid-19. Pour tenir compte de l'évolution du matériel, il y a 10 à 15 watts étalon de moins ces dernières années dans les calculs par rapport aux années 90 pour un effort similaire.



Remco Evenepoel

Après une période de deux mois sans compétition, Remco Evenepoel a brillé sur ce Tour de France. Il remporte même une étape de montagne au plateau de Solaison en plus du contre-la-montre de Thonon, sa spécialité. Très régulier, il n'a cependant rien pu faire contre Pogacar en particulier sur les étapes du Tourmalet et de l'Alpe d'Huez où le Slovène a dominé les débats. Remco Evenepoel réalise sa meilleure performance en montagne au plateau de Solaison avec 464 watts étalon estimés. On le retrouve à un niveau similaire au Tour de France 2024 avec 436 watts étalon de moyenne sur l'ensemble des cols.





Isaac Del Toro

Isaac Del Toro poursuit sa très belle saison 2026 avec une place sur le podium du Tour de France. Il apparaît même plus fort qu'au Tour Auvergne-Rhône-Alpes qu'il a remporté début juin. Son temps d'ascension sur le plateau de Solaison a été amélioré de presque une minute. Il a été bien soutenu par Pogacar pour défendre sa troisième place lors de la dernière étape de montagne où il a semblé un peu juste dans le col de Sarenne. Il réalise son meilleur grand Tour avec 436 watts étalon de moyenne, comme Evenepoel.

Les Français sur le Tour de France 2026

Paul Seixas termine 4ème du Tour de France pour sa première participation. Un résultat exceptionnel compte tenu de la concurrence de cette édition. Mis à part sur le col de Sarenne dans le final de la 20ème étape où il a montré des signes de fatigue, le jeune Français a été très régulier dans les ascensions. Il a réalisé des performances de haut niveau à quatre reprises sur des longs cols : Tourmalet, Haag, Solaison et Alpe d'Huez. Il a développé des puissances étalon entre 429 watts au Tourmalet et 456 watts au col du Haag. Au Tourmalet, il y avait un petit effet de l'altitude et il fallait conserver des forces pour la montée de Gavarnie, sa performance reste donc impressionnante. Sa puissance moyenne sur cinq cols atteint 434 watts étalon (6,2 w/kg si 64 kg) pour une durée moyenne de 31min environ. Avec deux mois de plus en 2022 que Paul Seixas sur ce Tour de France, Juan Ayuso avait développé 421 watts étalon de moyenne (cols de 35 minutes) et terminé 3ème du classement général du Tour d'Espagne. Paul Seixas fait mieux sur ce Tour de France que l'Espagnol en 2022 pour les puissances développées. Je n'ai jamais observé un coureur si fort à moins de 20 ans depuis que j'ai commencé ces estimations de puissance dans les années 80.

Ses performances en watts sur ce Tour de France apparaissent légèrement inférieures à celles de son début de saison (Ardèche, Liège-Bastogne-Liège quand il suit Pogacar, Tour du Pays Basque) mais réalisées sur un grand Tour de trois semaines. Seixas apparaît également plus fort que l'année passée, j'avais estimé sa progression à 5% sur les longues montées entre 2025 et 2026 et ce Tour de France le confirme.





Un surprenant Lenny Martinez termine juste derrière Paul Seixas au classement général. Cela fait longtemps qu'il montre de grandes qualités de grimpeur mais pour être bien classé sur un grand Tour, il faut aussi ne pas laisser trop de plumes sur les étapes plates. Chose d'autant plus difficile avec un si léger gabarit. L'absence de long contre-la-montre plat l'a également favorisé, ce ne sera pas le cas tous les ans. Il avait terminé assez loin au classement final lors de ses premiers grands Tours (79ème du Tour de France 2025, 124ème en 2024, 24ème du Tour d'Espagne 2023). En début de saison 2026, j'avais remarqué des progrès au niveau de la régularité et de la récupération sur Paris-Nice, le Tour de Catalogne et le Tour de Romandie.

Sa puissance moyenne étalon est de 423 watts sur les cinq ascensions. Il s'est montré très régulier et a manqué de peu la victoire sur l'Alpe d'Huez, dépassé par la fusée Pogacar dans le dernier kilomètre. Depuis le début de sa carrière, il a déjà développé le même niveau de puissance qu'au Tour de France mais de manière ponctuelle et sur des montées un peu plus courtes.

Les Baroudeurs de la montagne

Ayant peu de chance de figurer dans les tous premiers du classement général ou préférant les victoires d'étapes, certains coureurs comme Richard Carapaz, Tom Pidcock ou Jordan Jegat sont souvent allés dans les échappées, ce qui ne les a pas empêchés de terminer dans les dix premiers au classement final. Tom Pidcock et Jordan Jegat n'ont pas dépassé les 390 watts de moyenne étalon sur les derniers cols. Cependant cette moyenne est un critère plus pertinent pour ceux qui se réservent pour le dernier col et ne dépensent pas trop d'énergie en cours d'étape. Quant à Richard Carapaz, il a attaqué de loin sur les étapes du Markstein, de Merlette et sur celles de l'Alpe d'Huez par la montée classique puis par Sarenne. Il a été à l'avant de la course trois jours de suite dans les Alpes. Sans cette dépense d'énergie, en restant systématiquement dans le groupe Pogacar, il aurait développé plus de 420 watts étalon de moyenne sur les cinq cols. En plus des montées étudiées, il a développé 473 watts étalon (6,85 w/kg si 62 kg) pendant 9 min15s dans les derniers kilomètres de Merlette. L'Équatorien a été très performant sur ce Tour de France. Après un début de saison mitigé, il avait montré son retour en forme sur le Tour de Suisse (2ème derrière Pogacar).

Frédéric Portoleau