=> Liste der Artikel <=

Zurück zu den News

Les watts du duel Vingegaard/Pogacar sur le TdF 2023, par Frédéric Portoleau

09-08-2023, 18:42 - Frédéric Portoleau

Sur le Tour de France 2023, le duel Vingegaard-Pogacar pour le classement général fut très indécis jusqu'au contre-la-montre de Combloux avec une lutte intense sur chaque étape de montagne. Cet article synthétise les performances réalisées par les 2 coureurs sur ce Tour 2023 ainsi qu'une comparaison avec leurs précédents Tours de France. Pour cela je propose des estimations de puissance en watts étalon, en watts réels et aussi en w/kg.

RAPPEL : La puissance étalon est celle que développerait un coureur fictif qui cherche à suivre les vrais coureurs en ayant une masse avec vélo de 78 kg et le même matériel. C'est une façon de comparer les performances entre coureurs et entre les étapes. Le niveau de puissance étalon dépend principalement du potentiel du coureur étudié, de la durée de l'effort, de la dépense d'énergie en début d'étape, de l'altitude et de l'aspect tactique.

Le premier graphique montre les puissances étalon du Danois et du Slovène sur les ascensions clés ainsi que celles d'Adam Yates, 3ème au classement général final.

GRAPHIQUE 1 - watts étalon par col pour les 3 premiers
Cliquez pour agrandir


Les puissances étalon reflètent le déroulement de la course. Vingegaard a développé nettement plus de watts étalon que Pogacar au col de Marie-Blanque et sur le col de la Loze. Pogacar a été légèrement plus puissant à Cauterets-Cambasque et au Puy de Dôme. Enfin les deux coureurs ont produit la même puissance étalon sur le Tourmalet, le Grand Colombier, Joux-Plane, la montée des Amérands puis du Bettex et enfin sur le Platzerwaesel dans les Vosges.

Le graphique 2 illustre cette fois-ci les estimations de puissance réelle pour les deux premiers du Tour de France avec pour hypothèse des masses corporelles respectives de 60 kg pour Vingegaard et de 66kg pour Pogacar. En plus des watts, l'incertitude d'estimation de puissance est ajoutée. Celle-ci est calculée telle que décrite dans cet article dédié.

GRAPHIQUE 2 - watts réels lors des duels Vingegaard/Pogacar
Cliquez pour agrandir


Les erreurs (incertitudes) relatives calculées sont entre 2,5% et 4% sur les montées de ce Tour de France : 2,5% pour les montées à forts pourcentages et à moins de 20 km/h (Marie-Blanque, Puy de Dôme) et 4% pour les montées plus rapides comme le Grand Colombier.

Lorsque les 2 « mutants » grimpent les cols à la même vitesse, Pogacar développe en moyenne 30 watts de plus que Vingegaard. En revanche, au col de la Loze, Vingegaard aurait développé 28 watts de plus que Pogacar défaillant. Lors de ses deux grandes performances, Vingegaard se serait rapproché à 16 watts de Pogacar sur Marie-Blanque et à 10 watts seulement sur la montée de Domancy. Les données que j'ai utilisées sur cette montée à propos du vélo et de l'aérodynamisme de Vingegaard proviennent de ce lien : https://escapecollective.com/the-debrief-analysing-that-tour-time-trial/.

Vingegaard n'avait pas une position aérodynamique parfaite sur l'ascension de Domancy, il avait très souvent le buste redressé et a relancé au moins une fois en danseuse. J'ai donc utilisé un Scx intermédaire (0,25) entre la position parfaite sur un vélo de contre-la-montre (0,17 d'après l'article mis en référence) et celle en position de grimpeur sur un vélo traditionnel (0,35). La puissance de Vingegaard sur la montée de Domancy est probablement supérieure à la puissance moyenne fournie sur l'ensemble du contre-la-montre qui contenait des portions techniques (une descente et quelques virages) où l'on développe moins de puissance. Je pense que les chiffres annoncés dans l'article sous-estiment la puissance de Vingegaard. Il serait vers 420 watts de moyenne et non pas 380 watts.

Au vu de la puissance estimée dans la montée de Domancy (437 watts), Pogacar était en bonne condition le jour du contre-la-montre. Vingegaard avec 427 watts et 10 watts de moins seulement que Pogacar avait à disposition plus de puissance que d'habitude. Je m'attendais à un écart de 30 watts entre les deux coureurs comme quand ils grimpaient à la même vitesse les cols lors des étapes précédentes. Sur la dernière portion du contre-la-montre entre le haut de Domancy et l'arrivée, à 31,58 km/h de moyenne, Vingegaard a repris 32s à Pogacar. En plus d'une puissance disponible élevée, il a profité du choix de rester sur un vélo de contre-la-montre en fin de parcours sur les montées de Domancy puis de Combloux. Il a bénéficié d'une position plus aérodynamique. Vingegaard a certainement mieux préparé avec son équipe ce contre-la-montre que Pogacar. Mais l'écart important avec le Danois et les autres concurrents s'expliquerait aussi par un bonus de puissance.

Le graphique 3 montre les estimations de puissances réelles en w/kg sur les principaux cols du Tour de France en fin d'étape. Vingegaard aurait dépassé les 7 w/kg lors de son attaque au col de Marie-Blanque et sur la côte de Domancy pour son contre-la-montre victorieux. Pour les autres ascensions, ses estimations de puissance en w/kg sont entre 6,2 et 6,9 w/kg. Pogacar a souvent été au-dessus de 6,5 w/kg quand il luttait avec Vingegaard. Sur la longue montée du Grand Colombier et sur le Tourmalet, ses estimations de puissance sont de 6,15 w/kg (effet de l'altitude). Enfin le jour de sa défaillance, il n'a pas fait mieux que 5,2 w/kg sur le col de la Loze.

GRAPHIQUE 3 - watts/kg lors des duels Vingegaard/Pogacar
Cliquez pour agrandir


Avant 2021, nous n'avons pas observé de grandes performances en montagne pour Jonas Vingegaard, comme nous l'écrivions l'année passée.

Avec une puissance étalon moyenne de 447 watts sur les 7 ascensions étudiées, le Danois réalise une performance extraordinaire sur le Tour de France 2023. Sur les derniers cols, il est 5,6% au dessus de sa valeur de 2022 (424 watts étalon) pour des durées d'effort de 30 minutes environ. Cette puissance moyenne exprime à la fois le niveau de puissance maximal et la capacité de répéter des performances de haut niveau sur une épreuves de 3 semaines. Il faut remonter à 2009 (Alberto Contador) pour retrouver un coureur si fort. On se souvient de son « exploit » sur la montée de Verbier. Même Lance Armstrong n'a jamais obtenu une telle moyenne. En puissance maximale l'Américain était légèrement plus fort que Vingegaard mais n'ayant pas trop de concurrence, il pouvait courir de manière défensive une fois le maillot jaune conquis.

Les graphiques 4 et 5 mettent en avant les principales performances en montagne de Jonas Vingegaard et de Tadej Pogacar en watts étalon depuis 2021. Le coureur de l'équipe Jumbo-Visma ne cesse de progresser. Ses grandes performances au dessus de 2000m (Granon en 2022, Croix de Fer en 2023 et le Tourmalet en 2023) n'apparaissent pas au sommet de son profil de puissance en raison de l'effet de l'altitude. Pogacar a un très haut niveau en montagne depuis la Vuelta 2019 (lire "Un podium surprenant pour la Vuelta 2019"). Il réalise de grandes performances sur le Tour de France depuis 2020 avec probablement un niveau un peu plus bas en 2021. Malgré sa chute de Liege-Bastogne-Liege en avril il a réussi à bien se préparer pour le Tour de France.

GRAPHIQUE 4 - Performances de Vingegaard depuis 2021
Cliquez pour agrandir


GRAPHIQUE 5 - Performances de Pogacar depuis 2020
Cliquez pour agrandir


Avec des circonstances favorables (la météo et un équipier très efficace menant le train en début d'ascension), avec leur niveau de 2023, Vingegaard et Pogacar sont capables de s'approcher des 38 minutes sur la montée de l'Alpe d'Huez, même à la fin d'une longe étape, comme Lance Armstrong en 2001. Le niveau actuel est inquiétant et l'augmentation des performances en montagne depuis 2019 sur les portions à faible vitesse ne peut pas s'expliquer par l'amélioration du matériel.

Frédéric Portoleau