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[BLOG-FESTINABOY#13] Colombia vs Slovenia es realismo mágico, slogan officiel du #TDF2020

11-09-2020, 22:33 - Antoine Vayer

Dans ma chronique de blog #5 « du sang neuf ou du sang frais ? » écrite le 2 septembre, à propos des Colombiens et des Slovènes, je vous disais :

« Sur ce Tour, seuls les Colombiens peuvent battre les Slovènes. Si Quintana retrouve son niveau de février et ses compatriotes celui qu'ils avaient lors de leur Tour National dans la même période. Des Colombiens, on ne raconte rien que des contes de fées. Leur pays est un désastre au niveau de l'antidopage. Il est beaucoup plus lointain et reculé que la Slovénie. Il n'y aura pas d'affaire Aderlass de trafic sanguin là-bas. Rien que pour le spectacle, ce serait bien qu'un trio de Colombien fasse une Landis en 2020, collective.».

C'était entendu. Cela s'est « produit », si j'ose dire.



Les Colombiens sont quatre au classement : Bernal 3ème, Uran 4ème, Quintana 5ème et « Superman » Lopez 6ème, derrière le tandem-duo Roglic-Pogacar. On était un peu étonné que manquent à l'appel Martinez, champion de Colombie de contre-la-montre en février et 2ème du Tour de Colombie juste avant, puis vainqueur du récent Critérium du Dauphiné en août, et Sergio Higuita, champion sur route et vainqueur de ce Tour de Colombie en février. Martinez a gagné l'étape du Puy Mary aujourd'hui, ouf ! On l'a retrouvé. Il n'était pas bien loin. Il a déjoué la puissance de feu incroyable de deux concurrents de l'équipe Bora-Hansgrohe qui ont été les derniers à résister. C'est dire. Julian Alaphilippe, comme hier, faisait partie de la grosse échappée qui avait quartier libre. Il a encore explosé.

Martinez, c'est donc fait ! Higuita devrait gagner dans les Alpes. C'est le terrain de jeu naturel en altitude de nos Colombiens. Vous n'avez encore rien vu. Aujourd'hui, c'Ă©tait Ă©chauffement.

Ils sont tous là, après des mois de confinement-préparation. Un avion gouvernemental a été affrété pour eux mi-juillet, arrivé en Espagne, alors que tous les vols en partance ou en arrivée étaient interdits dans leur pays à cause du coronavirus. Mais il ne fallait pas qu'ils manquent la fête du Tour. Passe-droit. Ils sont frais comme des gardons, nos scarabées. C'est leur surnom, aux Colombiens grimpeurs. Ils font tous entre 55 et 60 kilos. Des poids lourds-légers du cyclisme qui ne s'expriment pas. Ne comptez pas sur Egan Bernal, vainqueur du Tour l'an passé et soutien du président de la République de droite extrême, pour évoquer les sept morts qu'il y a eu à Bogota il y a deux jours. Non. Les journalistes aiment à raconter sur leur passé les histoires les plus glauques et sordides qu'on peut trouver. Zola est dépassé. Leur secret n'est pas l'hémoglobine naturelle due à la raréfaction de l'oxygène, ni un profil hématologique hors norme, ni un rapport puissance/poids avantageux, même si tout cela contribue à certains de leurs succès. Non, c'est comme pour les kenyans des hauts plateaux en course à pied.

Comme pour leurs voisins lointains africains, on ne compte plus le nombre de cas de dopage d'athlètes issus de ce pays sinistré par ce fléau, ce no man's land, où la fédération couvre. J'ai souvent écrit quelques articles concernant cet eldorado, où Alaphilippe aime à aller s'entrainer depuis deux ans pour préparer sa saison en janvier-février. Rien n'y fait. Même le pourtant conservateur journal Ouest-France a montré que le sujet n'est plus tabou dans un article fin Août 2019 : « Le dopage fait tâche au pays des Scarabées Colombiens ».



Même la dissolution d'équipes comme la Manzana Postobon par son patron, qui explique qu'il ne peut rien faire face au dopage qui la gangrène, ne crée pas d'électrochoc. Nos mercenaires 2020 sont des fleurs épargnées qui ont poussé sur un tas d'engrais ? On doute, à raison.

Rythme infernal, les Français hors-jeu.

Roglic et Pogacar ont confirmé leur ultra domination sur le final de l'étape qui se terminait à notre radar court du Puy Mary, à seulement 1588m d'altitude (voir nos prédictions dans la chronique #2). Cette hauteur, c'est un rez-de-chaussée pour un Colombien qui vit à beaucoup plus haute altitude où, pendant six mois cette année, aucun contrôle antidopage n'a pu avoir lieu. Ils sont restés à vue des Slovènes aujourd'hui. Trop d'oxygène dans l'air, pas assez raréfié à une si faible altitude sans doute, pour espérer les dépasser, pas assez long. Il n'y a que Martinez devant, échappé dans ce groupe non dangereux pour le classement général qui s'est amusé un peu, beaucoup.

Le duo Slovène Roglic-Pogçar sur la fin de l'ascension du Puy Mary, le Pas de Peyrol, a développé l'équivalent de 498 watts étalon pendant 7min43s sur 2,2 km à 12,25 %, à la vitesse moyenne de 17,26 km/h, sans aucun phénomène d'aspiration. Pour un coureur de 65 kg, il faut développer 7,2 w/kg pour grimper à cette vitesse. Presque 500 watts étalon, certes sur un radar court, mais, c'est, comment dire... existe-t-il un mot ?

Roglic à Mende sur la « montée Jalabert », un nom qui a dû l'inspirer, sur le Tour de France 2018, avait déjà développé l'équivalent de ces 498 watts étalon (voir notre article de 2018). La montée durait 9min 10s mais l'étape était beaucoup plus facile que celle d'aujourd'hui. Aujourd'hui, c'était 192 kilomètres pour cinq heures de vélo avec 4400 mètres de dénivelé ! En 2018 Roglic ne dominait pas tout, tout le temps. Il avait terminé 4ème du Tour derrière le duo Sky, Froome et Thomas et derrière Dumoulin. Ce dernier est cette année son équipier dans sa nouvelle dream team Jumbo-Visma qui conduit le peloton en cinquième en permanence, avec quelques accélérations où le turbo est mis. Il joue avec lui en donnant quelques bons de sortie. Le néerlandais Dumoulin, chauffeur de Roglic, finira tout de même dans le top 10 devant nos français à Paris, vous verrez.

Leur sélection à la « Jumbo » s'est opérée dans la montée du col de Neronne (3,87 km à 8,97%), juste avant le Puy Mary. Ils ont fait monter ce hors d'oeuvre en 10min57sec, soit l'équivalent de 458 watts étalon. Guillaume Martin et Romain Bardet, ce dernier handicapé par une chute, soit, n'ont pas pu suivre ce premier rythme déjà infernal. Martin est passé au sommet de Neronne lâché, à 13 secondes, avec 448 watts étalon. Il a ensuite perdu 2min46sec sur Roglic et Pogaçar, 15 secondes par kilomètre, sur 11 kilomètres pour rallier l'arrivée. Guillaume a gravi le Puy Mary dans sa totalité, 5,5 km à 7,96%, en 16min20sec, soit à la puissance étalon de 405 watts étalon. C'est humain. Et Romain Bardet a finalement abandonné, meurtri aussi bien physiquement que psychologiquement.

Les Colombiens eux, ont perdu moins d'une minute sur cette étape. Martin est Normand. Bardet était le régional de l'étape. Ils sont sortis du top 10 qui est depuis la nuit des temps la porte de l'enfer sur le Tour de France, entre les humains et les autres. Ils étaient 11ème et 12ème du classement général avant l'abandon de Bardet. C'est presque rassurant.

Même s'ils sont bien nés, ils n'ont pas été élevés dans le bon pays, ni avec les bonnes moeurs. Peut-on leur suggérer un stage d'entrainement de deux mois en Colombie l'hiver prochain avec Julian, en janvier-février, après un mois de ski en Slovénie en décembre ? Pour mieux s'oxygéner.



Antoine Vayer

*Modification du 12/09 par Frédéric Portoleau : Le terme raréfaction de l'oxygène est incorrect, il y a toujours 21% d'oxygène dans l'air même à 8000m. Il serait plus juste de parler de baisse de la pression partielle en oxygène.