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Le début de saison 2026, et l'explosion de Paul Seixas. Par Frédéric Portoleau

2026-04-17, 11:15 - Frédéric Portoleau

Tadej Pogacar continue de dominer le cyclisme mondial, il a déjà remporté trois victoires prestigieuses sur quatre courses disputées : les Strade Bianche, Milan San Remo et le Tour des Flandres. Il vient juste d'échouer de peu sur les pavés de Paris-Roubaix. Il faudra attendre Liège-Bastogne-Liège (La Redoute, la Roche aux Faucons) et le Tour de Romandie (Jaunpass, Leysin) pour avoir un aperçu de son potentiel en 2026 sur des parcours vallonnés ou montagneux. Mais compte tenu de ce qu'il réalise sur les courses d'un jour en ce début de saison, il devrait à 27 ans conserver son rang de meilleur grimpeur du peloton cette année.

En l'absence de Tadej Pogacar, Isaac Del Toro, Jonas Vingegaard et Paul Seixas se sont mis en évidence sur les courses par étapes au cours du début de saison 2026.

Sur le Tour UAE, le Mexicain Isaac Del Toro, devancé par Antonio Tiberi sur l'ascension de Jebel Mobrah, a renversé la course sur la montée du Jebel Hafeet trois jours plus tard. Je n'ai pas réalisé d'estimation de puissance sur le Jebel Hafeet car la route est exposée au vent, il y a des portions en pente douce et la cartographie disponible est peu précise. Le Jebel Mobrah présente en revanche des pourcentages plus élevés dans la partie finale, l'estimation de puissance peut être réalisée. Antonio Tiberi a gravi cette dernière portion de 6,58 km à 11,88% en 24min, soit 457 watts étalon (6,55 w/kg si 65 kg). Del Toro a perdu 15s et développé l'équivalent de 452 watts étalon. Dépasser les 450 watts étalon sur 24 minutes constitue une performance de haut niveau, surtout au mois de février. C'est une très bonne montée pour Del Toro qui continue sa progression. J'avais estimé sa puissance à 440 watts étalon sur Frontignano pendant 20min23s sur Tirreno-Adriatico 2025. Tiberi a probablement réalisé la plus belle montée de sa carrière. À son meilleur niveau Pogacar s'approche des 500 watts étalon sur cette durée d'effort. Del Toro a confirmé son bel état de forme avec une victoire également sur le classement général de Tirreno-Adriatico. Il a remporté cette course en étant le meilleur puncheur, son point fort. Il n'y avait pas d'arrivée en altitude après une longue ascension cette année sur Tirreno-Adriatico.

Début mars, Jonas Vingegaard a enfin ajouté Paris-Nice à son palmarès après 2 échecs en 2023 et 2025. La course a été disputée par mauvais temps, la montée d'Auron enneigée a même été annulée. Le Danois fait une première différence sur l'étape d'Uchon le 4ème jour sous la pluie. Dans le groupe de tête après des bordures, il creuse de gros écarts sur les autres prétendants au classement général.


Passage du peloton près de Salon lors de l'étape d'Apt


Le lendemain, il obtient une nouvelle victoire en solitaire à Colombier le Vieux en attaquant dans la montée de Saint-Jean-de-Muzols à 20km de l'arrivée où il développe 512 watts étalon pendant 6min24s (2,05 km à 11,22%). Il maintient un rythme très soutenu dans la montée suivante, (Saint-Barthélemy 3,24 km à 7,53%) avec 502 watts étalon pendant 7min47s. Le dernier jour, il attaque de nouveau à proximité de l'arrivée à Nice dans la montée de Lingador. Cette fois-ci un coureur parvient à le suivre : Lenny Martinez. Ce dernier le bat même au sprint sur la ligne d'arrivée et termine 5ème au classement général final. Les deux coureurs ont escaladé la côte de Lingador (3,4 km à 8,53%) en 8min54s soit une puissance étalon de 495 watts.

Sur le Tour de Catalogne, Jonas Vingegaard domine ses concurrents sur l'ascension du Col del Pall. Il attaque à 7km du sommet et devance sur la ligne d'arrivée Felix Gall de 51s, Lenny Martinez et Florian Lipowitz de 1min01s. Il a développé une puissance moyenne étalon de 414 watts pendant 37min52s sur la totalité de la montée (14,2 km à 7,3%). Il faut surtout retenir son final à 434 watts étalon sur une durée de 17min07s (6,85 km à 6,88%) en altitude au-dessus de 1500m. Le Danois récidive le lendemain au sommet de Queralt. Vingegaard montre déjà sur ces épreuves qu'il a un bon coup de pédale mais sans être plus fort qu'entre 2021 et 2025. Il sera le favori logique du Tour d'Italie.

Le jeune Français Paul Seixas, 20 ans en septembre prochain, effectue un remarquable début de saison. Il remporte le Tour du Pays Basque de très belle manière avec trois victoires d'étape. Il crève l'écran lors de son attaque loin de l'arrivée sur la classique de l'Ardèche. Il obtient aussi deux 2ème places sur les Strade Bianche en étant le dernier à résister à Pogacar sur le secteur du Monte Sante Marie et sur le Tour d'Algarve derrière Juan Ayuso.

Sur la classique de l'Ardèche, Paul Seixas attaque dans la montée de Saint-Romain-de-Lerps à 45 km de l'arrivée. Il gravit les 6,48 km à 7,48% en 15min42s, 4s seulement de plus que Tadej Pogacar aux championnats d'Europe 2025. Sa puissance moyenne estimée est de 491 watts étalon (7,1 w/kg si 64 kg). Au sommet, il a 38s d'avance sur le groupe de Lenny Martinez et Matteo Jorgenson. Il va résister seul devant jusqu'à l'arrivée et signe une incroyable performance grâce à ses qualités de rouleurs sur le plat et de descendeur. Sur le bas de la montée, son accélération a été de 538 watts étalon sur une durée de 5min31s. Sur la montée de St Romain, Paul Seixas avait réalisé le temps de 16min16s il y a quelques mois aux championnats d'Europe 2025 soit une puissance estimée de 454 watts étalon, 8% de moins que cette année. Il était en très bonne forme en fin de saison 2025, mieux que sur le Tour de l'Avenir.

Au Tour du Pays Basque, Paul Seixas remporte tout d'abord le contre-la-montre devant Kevin Vauquelin. Il confirme ses aptitudes pour ce type d'épreuve. Dans un grand Tour il pourra limiter les écarts sur les meilleurs rouleurs et prendre du temps aux purs grimpeurs. Le lendemain, il passe à l'offensive dans la montée de San Miguel de Aralar (source pour les données altimétriques) à 27km de l'arrivée. Seixas escalade les 9,43 km à 7,94% en 24min56s. Sa puissance moyenne étalon est de 462 watts (6,7 w/kg si 64 kg). Ses principaux concurrents (Del Toro, Lipowitz) concèdent 1 minute sur la montée. Le Français va résister jusqu'à la ligne d'arrivée qu'il franchit avec 1min23s d'avance sur un premier groupe de battus.

La performance de Paul Seixas est de taille : dépasser les 450 watts (plus de 6.5 w/kg) étalon sur cette durée reste exceptionnel, surtout qu'il restait 19 kilomètres à parcourir une fois le sommet franchi. Sur une arrivée en altitude de cette durée, Seixas pourrait atteindre les 470 watts étalon.

Déchaîné, Paul Seixas va de nouveau se mettre en évidence sur la 5ème étape dans la montée d'Izua. Cette fois-ci, il ne parvient pas à partir seul et doit accepter la présence de Florian Lipowitz qu'il va battre au sprint à l'arrivée. Seixas et Lipowitz escaladent le col d'Izua (4,12 km à 9,32%) en 11min52s soit 478 watts étalon pour Paul Seixas (6,9 w/kg si 64 kg). Il s'agit d'une bonne performance, mais inférieure à celle de San Miguel de Aralar. D'ailleurs ils n'améliorent pas le temps de Jonas Vingegaard (11min22s en 2023).

Le dernier jour sous la pluie, Paul Seixas, qui n'a plus d'équipiers pour rouler, part en contre pour tenter de reprendre du temps à Tobias Johannessen. Le Norvégien, 11ème du général à 5min39s, s'est glissé dans le bon groupe et devient menaçant. Mais ce fut un coup pour rien, Seixas se fait reprendre 42 km plus loin par les autres favoris à 16 km de l'arrivée. Johannessen se replace à la 3ème place du général et Paul Seixas remporte le Tour du Pays Basque avec une belle avance de 2min30s d'avance sur Lipowitz. Del Toro et Ayuso n'étaient pas au meilleur de leur forme sur ce Tour du Pays Basque, cela a facilité la tâche du Français qui remporte tout de même une très belle victoire avec une manière de courir offensive.

Bilan du début d'année 2026 de Paul Seixas

Les 2 graphiques ci-dessous montrent l'ensemble de ses performances estimées en watts étalon puis en w/kg en fonction du temps depuis 2024. Il s'agit de profils de puissance « toutes conditions ». Les puissances développées dépendent de la durée d'effort mais aussi de la dépense d'énergie avant la montée étudiée, des conditions météorologiques et de l'altitude (surtout au-dessus de 1500m). En tirets bleus, un modèle statistique de profil de puissance issu de l'étude publiée dans Human Kinetics Journal. Deux performances réalisées en 2026 apparaissent nettement au-dessus de son niveau 2024-2025 : Saint-Romain-de-Lerps et San Miguel de Aralar.





  • Sur une montée sèche de 20-30 minutes à la fin d'une étape pas trop dure ou lors d'un contre-la-montre en côte, Paul Seixas est maintenant au niveau des coureurs comme Almeida, Roglic, Evenepoel ou encore Adam Yates. Je situerai sa progression à au moins 5% de puissance par rapport à l'an passé. Il n'y a guère que les deux derniers vainqueurs du Tour de France Pogacar et Vingegaard qui peuvent encore le devancer sur ces montées sèches.
  • Pour terminer à une bonne place au classement général d'un grand Tour il faut aussi de la constance dans les performances pendant trois semaines. Ce qu'a fait Paul Seixas sur le Tour du Pays Basque est prometteur. Malgré beaucoup de dépenses d'énergie à chaque étape, il a tenu le coup physiquement jusqu'au dernier jour. Paul Seixas a nettement amélioré son niveau par rapport au Dauphiné 2025 quand il avait terminé 10ème du classement général. Il avait développé par exemple 441 watts étalon sur 21min41s sur la montée de Combloux, soit 20 watts de moins que cette année à San Miguel de Aralar et sur une montée un peu plus courte. Florian Lipowitz avait largement dominé Paul Seixas sur le Dauphiné 2025. Sur le Tour du Pays Basque 2026 l'Allemand n'a pas fait le poids face au Français en particulier sur la montée de San Miguel de Aralar.
  • Sur des efforts courts de 5 minutes, il s'est amélioré également comme le montre son accélération en bas de Saint-Romain, mais je ne pense pas qu'il puisse encore rivaliser avec Pogacar sur une montée comme La Redoute sur Liège-Bastogne-Liège. Il est maintenant le meilleur grimpeur français devant Lenny Martinez. Ce dernier n'a pas eu une telle progression entre 19 et 20 ans.

Frédéric Portoleau