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Retour sur le Tour de France Femmes 2025 et la grande performance de PFP, par Frédéric Portoleau

10-08-2025, 09:15 - Frédéric Portoleau

Pauline Ferrand-Prévot vient de remporter le Tour de France pour la première fois. Un événement important dans notre pays puisque la dernière victoire française remonte à 1989 avec Jeannie Longo-Ciprelli. Catherine Marsal avait également remporté le Tour de la CEE en 1990 organisé à la suite de l'arrêt du Tour de France féminin. L'épreuve renaît une première fois sous le nom de « Grande Boucle Féminine Internationale » entre 1992 et 2009 mais sans victoire française. Le Tour d'Italie, qui était déjà une course importante (victoire de Catherine Marsal en 1990) est devenu après 2009 l'épreuve par étapes de référence pour le cyclisme féminin. Puis le Tour de France Femmes a réapparu en 2022 avec la victoire d'Annemiek Van Vleuten, suivie par Demi Vollering en 2023 et Katarzyna Niewiadoma l'an passé.

Sur les premières étapes vallonnées de cette édition 2025, excepté Plumelec avec une attaque dans la montée de Cadoudal, Pauline Ferrand-Prévot est restée assez discrète et a simplement suivi ses principales concurrentes dans le final des étapes. Avec sa régularité, elle s'est tout de même retrouvée 2ème du classement général après la 5ème étape. De bon augure avant la montagne. Puis elle a littéralement assommé ses adversaires sur la montée du col de la Madeleine.

8e étape Chambéry-Col de la Madeleine

Un groupe d'échappées composé en particulier d'Evita Muzic, de Marion Bunel, de Niamh Fisher-Black et de Yara Kastelijn aborde la montée de la Madeleine avec une avance de 1min43s sur le peloton. L'échappée s'est formée dans la traversée du massif des Bauges en début d'étape. La maillot jaune Kim Le Court, qui se transforme en équipière de Sarah Gigante, après plusieurs jours en tête du classement général, régule l'allure en tête du peloton sur le début de l'ascension jusqu'au village de Montgellafrey. Sur cette première portion de 6,93 km à 8,48% de pente moyenne, qui comporte un long passage à 10%, les favorites du Tour de France encore groupées dans la roue de Le Court développent l'équivalent de 288 watts étalon (entre 4,8 et 5 w/kg suivant les concurrentes) pendant 25min33sec. Le rythme est déjà bien soutenu pour un long col. Cela monte vite aussi devant : Niamh Fisher-Black, Yara Kastelijn et Evita Muzic juste derrière ont distancé les autres membres de l'échappée et même repris quelques secondes au peloton. Sarah Gigante, meilleure grimpeuse du Tour d'Italie, lance alors les hostilités dans le groupe des favorites, il reste 12km jusqu'au sommet. Pauline Ferrand-Prévot revient assez vite dans le sillage de l'Australienne tandis que Demi Vollering et Katarzyna Niewiadoma ne peuvent pas suivre. Marion Bunel, qui était dans l'échappée, donne un bon coup de main à Ferrand-Prévot pour creuser l'écart. Puis à 9km du sommet, Pauline Ferrand-Prévot lâche Sarah Gigante. À 5km de l'arrivée, à Saint François-Longchamp, Ferrand-Prévot dépasse les dernières rescapées de l'échappée matinale, elle est seule en tête. Sarah Gigante à déjà 59s de retard et le groupe de Demi Vollering passe plus loin avec un passif important de 2min11s. Le Tour de France vient de se jouer.

Sur la portion intermédiaire entre Montgellafrey et Saint François-Longchamp (7,25 km à 7,6%), Ferrand-Prévot a développé plus de puissance qu'en bas avec 308 watts étalon en moyenne (5,35 w/kg si 48kg) pendant 22min52sec. La Française a produit un effort régulier d'une grande intensité. Sarah Gigante est restée à 295 watts étalon. Demi Vollering pour sa part a développé une puissance moyenne de 276 watts étalon (4,6 w/kg) sur cette portion. La Néerlandaise n'était pas dans une grande journée et relativement loin de sa meilleure forme.

Ferrand-Prévot accentue encore son avance sur le final qui se déroule sur la route principale du col de la Madeleine (4,9 km à 7,66%). Malgré l'altitude (1800m), elle développe 302 watts étalon en moyenne (5,25 w/kg si 48kg) sur une durée de 15min56sec. Elle remporte l'étape avec 1min45sec d'avance sur Sarah Gigante, 2min15s sur Fisher-Black et 3min03s sur Vollering.

Sur la totalité de la montée de la Madeleine (19,1 km à 7,93%), Ferrand-Prévot a développé l'équivalent de 297 watts étalon (5,15 w/kg) pendant 1h04min20sec. La différence de puissance étalon (68 kg avec vélo et équipement) est de 10 watts avec Sarah Gigante et de 15 watts avec Demi Vollering.



9ème étape Praz sur Arly-Chatel

Le lendemain, les concurrentes du Tour de France doivent escalader la côte d'Arâches (6,35km à 7%), le col de Joux Plane (11,65km à 8,5%) et le col du Corbier (6,05km à 8,5%) avant la remontée de la vallée d'Abondance en direction de Chatel. La nouvelle leader de la course Pauline Ferrand-Prévot se fait piéger dans la première descente vers Sallanches, ses équipières doivent rouler fort dans la vallée pendant presque 10km pour rejoindre le groupe principal. Anna Van Der Breggen, après plusieurs tentatives, parvient à s'échapper dans la côte d'Arâches qu'elle gravit en 18min20s avec une puissance étalon de 320 watts. Le peloton passe au sommet avec une minute de retard et moins de puissance (296 watts) pour celles qui sont restées dans les roues. Pauline Ferrand-Prévot se retrouve seule dans un groupe d'une quinzaine de concurrentes. Ses coéquipières ont laissé des plumes dans la chasse du début d'étape.

Dans le col de Joux Plane un groupe de sept unités se forme derrière Van der Breggen avec Vollering, Ferrand-Prévot, Niewiadoma, Gigante, Ficher-Black, Juliette Labous et Wlodarczyk. Elles ont gravi la montée de Joux Plane en 42min45s (16,73 km/h) avec une puissance moyenne étalon de 287 watts. Sarah Gigante et Demi Vollering ont essayé d'attaquer Ferrand-Prévot mais n'ont pas réussi à la distancer.

Sarah Gigante est distancée dans la descente de Joux Plane et Anna Van der Breggen est rejointe dans la montée du col du Corbier. Ce dernier est monté à une puissance similaire à Joux Plane par le groupe de Pauline Ferrand-Prévot (293 watts étalon pendant 21min42s). Puis à 6,5 km de l'arrivée dans une courte montée à Chatel, Pauline Ferrand-Prévot, qui n'a pas pris de relais depuis le col de Joux Plane s'en va seule pour remporter l'étape. Sur cette dernière étape, les six femmes de tête ont gravi les 3 cols successifs sur un rythme très soutenu.

Début de saison et Giro 2014

Trois mois avant le Tour de France, Pauline Ferrand-Prévot a terminé 12ème de Liège-Bastogne, quelques jours après sa grande victoire sur Paris-Roubaix. Elle a pu suivre le rythme des meilleures dans la montée de La Redoute (339 watts étalon pendant 4min48sec). En revanche, elle a montré ses limites du moment dans les parties montantes de la côte de la Roche aux Faucons à quelques kilomètres de l'arrivée. Elle a développé la même puissance que sur La Redoute (5 min à 338 watts étalon) alors que Demi Vollering par exemple a poussé 40 watts de plus (4min36s à 377 watts). En février elle n'a pas semblé à son aise dans la montée de Jabeel Hafeet sur le Tour UAE en concédant 3min39sec à l'Italienne Longo Borghini qui a remporté le Giro début Juillet. Ne disposant pas de cartographie précise pour ce pays, je ne propose pas d'estimation de puissance. Néanmoins l'écart avec Longo Borghini était important lors de cette reprise.

Jusqu'à présent sa meilleure saison sur route fut 2014 avec un titre de championne du monde, deux de championne de France, la Flèche Wallone et une deuxième place au Tour d'Italie. Elle avait été devancée de 15sec par Marianne Vos au classement général sur le Giro. Vos était à l'époque très performante en montagne.

Le graphique suivant synthétise les performances de Pauline Ferrand-Prévot dans les ascensions en watts étalon. Sa montée de La Madeleine apparaît bien au-dessus des autres, mieux que sa montée du Giro 2014 à San Domenico di Varzo (36min44s, 298 watts étalon). Il y avait un seul col et environ 2h30 de route ce jour-là, soit une étape plus facile que celle de la Madeleine. Depuis le début de saison, Pauline Ferrand-Prévot a perdu du poids mais elle a forcément conservé une bonne puissance pour remporter le Tour de France. Elle a certes déjà obtenu de nombreuses victoires en VTT au niveau international mais elle s'est transformée depuis le début de saison. Je ne dispose pas d'un grand nombre de données la concernant, cependant je pense qu'elle n'a jamais été aussi forte qu'à 33 ans dans les montées de col.



Comparaison de sa performance de la Madeleine avec l'histoire

Les graphiques suivants montrent, respectivement en w/kg et en watts étalon, une sélection des meilleures performances du cyclisme féminin en montagne depuis 2014 réalisées par Anna Van Der Breggen, Annemiek Van Vleuten, Asleigh Moolman, Demi Vollering, Sarah Gigante et Pauline Ferrand-Prévot. Un profil de puissance typique issue du travail de @pl_valenzuela avec une perte de 0,4 w/kg entre un effort de 30min et un autre de 60min a été ajouté en pointillés. La performance de Pauline Ferrand-Prévot en watts étalon se situe parmi les meilleures en montagne du cyclisme féminin de ces dernières années. Cela dépasse la montée du Zoncolan de Annemiek Van Vleuten ou celle de Thyon 2000 d'Asleigh Moolman. La Néerlandaise avait également réalisé une performance incroyable, qui n'est pas sur le graphique, sur l'enchaînement de 3 cols dans les Vosges en 2022 (Petit Ballon 314we, Platzerwasel 313we et Grand Ballon 373we). La montée de Villars sur Ollon de Demi Vollering a été réalisée sur une montée sèche en contre-la-montre. Vollering avait également impressionné sur le Tourmalet en 2023. La montée avait duré presque 1h depuis Sainte Marie de Campan mais en raison des pentes modérées, je n'ai pas estimé la puissance depuis le village. Cette année, Sarah Gigante a impressionné sur le Monte Nerone au Giro et grimpé très rapidement le col de la Madeleine.

Si on remonte un plus loin dans l'histoire du cyclisme féminin, on se rend compte que Pauline Ferrand-Prévot fait aussi bien sur la Madeleine que Mara Abbott lors de la montée du Mortirolo en 2016. C'était un étape de 77km avec le Mortirolo au milieu du parcours par conséquent l'Américaine aurait probablement grimpé plus vite le Mortirolo si l'arrivée avait été située à son sommet.


Les grandes performances du cyclisme féminin depuis 2014 en w/kg



Les grandes performances du cyclisme féminin depuis 2014 en watts étalon


Pauline Ferrand-Prévot a donc accompli une très grande performance que d'autres cyclistes ont déjà réalisé ou peuvent égaler dans un grand jour. Cependant parmi les quatre vainqueurs du Tour de France Femmes depuis 2022, aucune n'a autant progressé dans les ascensions pendant une courte période de 3 mois sans compétition de préparation. La Française a fait le choix de perdre du poids tout en conservant de la puissance. Chez les hommes, Tadej Pogacar par exemple en 2024 avait montré des signes d'une forte progression en watts étalon par rapport aux années précédentes. Le Slovène avait choisi d'augmenter sa puissance tout en gardant un poids similaire en apparence. Enfin, il manquait un contre-la-montre plat sur ce Tour de France Femmes 2025 afin de désigner comme vainqueure une concurrente à l'aise sur tout type d'effort et de terrain.

Frédéric Portoleau