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[TdF21#20 - BILAN] « J'ai mal à mon Tour »

17-07-2021, 21:45 - Antoine Vayer

La mafia des watts boostés dans la gamelle de juillet où tout le monde mange

La moyenne du vainqueur de ce Tour de France à environ 41,200 km/h sera la 2ème plus rapide de toute l'histoire de la grande boucle. La meilleure appartient à Lance Armstrong avec 41,654 km/h en 2005. Toutes les autres éditions sont sous les 41 km/h. Ce n'est pas passé loin pour Pogastrong. Il a failli battre également un autre record de l'américain déchu de ses sept titres ; sur la montée de Luz-Ardiden. Depuis la sortie de Saint Sauveur 13.34 km à 7.59%, le Slovène a mis 35min45sec en roulant à 22.39 km/h, mais a terminé à 12 secondes du record d'Armstrong 2003, avec 423 watts étalon. Ce n'était pas nécessaire tant il dominait la situation, surpuissant, insolent de facilité tant dans les Pyrénées que dans les Alpes. Il a géré son avance après avoir tué le Tour sur le contre-la-montre de Laval et surtout dans cette incroyable étape du Grand Bornand, où il a été le seul à ne pas être fatigué des efforts de la veille. Le bilan énergétique en Kilo Joules mécaniques de O'Connor en atteste. Si vous voulez calculer les Kilos calories dépensées sur le vélo, il faut multiplier par 4 et diviser par 4.18 les chiffres en KJoules. Cela donnera sensiblement les mêmes valeurs. Trois journées à environ 8000 Kcal, en ajoutant les dépenses hors vélo, se sont accumulées jusqu'à Tignes ! Cela a entamé tous les potentiels des coureurs, sauf celui d'un coureur : Pogastrong, le nouveau prodige, le nouveau cannibale...


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Ce n'est pas la puissance moyenne à nos cols sur ce Tour qui a été impressionnante pour Pogacar, quoique. Au total de nos six cols radars (Colombière, Tignes, Ventoux, Beixalis, Portet, Luz-Ardiden) avec une moyenne de temps long cette année, 37 minutes 10 secondes d'ascension, Pogacar a « seulement » développé 413 watts étalon. C'est au-delà de la limite de la suspicion que d'aucuns appellent celle du dopage avéré. Carapaz est 2ème à notre classement watts étalon, à 7 unités, et à plus de 7 minutes au classement général. O'Connor est à 16 watts étalon et 4ème à plus de 10 minutes. Lui a mis en moyenne 39 minutes à monter nos cols radars. Guillaume Martin, le meilleur Français finalement 8ème du classement général à 31 watts étalon est à plus de 15 minutes. Il a mis 40 minutes et 6 secondes en moyenne dans nos cols radars, trois minutes de plus que Pogacar en moyenne dans chacun des six cols radars, rendez vous compte ! Il s'est glissé dans des échappés sans crainte pour le leader, pour compenser son joli classement dans le top 10. On peut apprécier comment quelques watts étalon représente une (très) grande différence au final en montagne. L'an passé, les radars étaient plus courts en moyenne (33 minutes) et Pogacar avait développé 420 watts étalon en moyenne en battant quatre records d'ascension dont certains d'Armstrong, déjà. Il n'avait pas plu. Cette année il n'en a explosé que deux : au col de Romme où il a battu le record historique, et au col de Portet.

Carapaz

Ce qui a été visible par tout le monde, c'est la capacité de Pogacar à accélérer sur des périodes courtes plusieurs fois par montées de manière violente, à plus de 1000 watts en haut de Luz Ardiden pour vaincre Vingegaard comme Carapaz. L'Equatorien, 3ème, monte pour la première fois sur le podium du Tour de France. Après avoir concédé du temps dans les Alpes, il a réalisé une excellente traversée des Pyrénées. Le graphique ci-dessous compare ses performances du Tour 2021 en watts étalon avec le reste de sa carrière. Ses ascensions du col de Portet (411 watts étalon pendant 49min07sec en altitude) et de Luz Ardiden (422 watts étalon pendant 35min47sec) montrent que le vainqueur du Giro 2019 et dauphin de la Vuelta 2020 derrière Roglic, également vainqueur du Tour de Suisse cette année, était en très bonne forme par rapport à son profil de puissance sur ce Tour de France. Pogacar l'a pourtant ridiculisé. Il aurait ridiculisé Egan Bernal s'il avait été là, même s'il est plus fort intrinsèquement que son coéquipier Carapaz. Pogacar aurait simplement poussé plus de watts, comme dans l'enchaînement Romme/Colombière, et le Colombien aurait été largué, loin aussi. Pogacar aurait pu avoir une moyenne de plus de 430 watts étalon, dans ma zone « miraculeuse », s'il avait été un peu poussé dans ses retranchements. Il a simulé en outre de manière ridicule une défaillance au Mont Ventoux pour un scénario cinéma que j'avais prévu la veille au mètre près.


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Pogacar

La principale performance de Pogacar en montagne du Tour 2021 restera donc la double ascension Romme/Colombière par mauvais temps. Il a repris plus de trois minutes à ses principaux concurrents. Les deux cols étant séparés par une courte portion en faux plat montant et d'une descente de 5 minutes, on pense que le Slovène aurait été capable de produire un effort continu de 442 watts sur 45 minutes. Le graphique joint compare son Tour de France 2021 avec ses autres performances (toutes épreuves confondues). Sa double montée de Romme/Colombière se situerait en haut de son profil de puissance et serait du même niveau que ses autres grandes performances (Peyresourde 2020, Prati di Tivo 2021, Planche des Belles Filles). Dans les Pyrénées, il a remporté deux étapes de suite, au col de Portet et à Luz-Ardiden. Ses puissances moyennes développées restent impressionnantes mais de niveau inférieur à ce qu'il a réalisé sur Romme et Colombière. Après avoir creusé l'écart sur l'étape du Grand Bornand et pris le maillot jaune, il s'est donc bien simplement adapté au niveau de ses deux principaux adversaires Vingegaard et Carapaz, comme Armstrong gérait ses tours. Pogacar a été au moins aussi fort physiquement qu'en 2020 et que Lance 2002. Mais pour la première fois, il a remporté un contre-la-montre comme Armstrong le faisait. C'est nouveau. Il n'a pas cherché à trop en faire... malgré deux étapes enchainées dans les Pyrénées.


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Booster

Sur ce contre-la-montre, il a fait la différence sur les meilleurs rouleurs du monde en roulant à 51 km/h de moyenne et en étant surtout capable de mettre en plus trois coups de « boosters » sur les trois petites difficultés du parcours, malgré son train d'enfer. On a retrouvé ces accélérations « boosters » dans les cols, malgré un train avec des watts constants de très haut régime, vers 420-440 watts étalon, pour des brefs passages à 600, 700 voire 1000 watts au sprint, de manière répétée. Neuf fois sur Beixalis, sept fois dans Luz Ardiden, tout en maîtrise, sans douleur apparente, sans stigmate de fatigue, sans montée de lactates dans les jambes ? Ses adversaires doivent être verts. Ce qui a été impressionnant reste aussi ses watts moyens quasi mutants en haut des cols quand il est seul devant. Le haut du col de Romme échappé c'est 11 minutes 29 secondes à 468 watts étalon. Mutant. Le haut de Tignes échappé, malgré la pluie et l'altitude, c'est 10 minutes 30 secondes à 428 watts étalon. Miraculeux. Luz-Ardiden, tout seul avec deux sangsues dans la roue, c'est 9 minutes 20 secondes à 452 watts étalon. Mutant. Comment a-t-il fait ? Est-ce également le concours d'un booster quelque part ? Ce serait presque rassurant d'avoir une explication rationnelle, comme celle que l'on attend sur la montée de Froome en 2013 sur le Mont Ventoux, comme celle que l'on pressent pour les exploits de Fabian Cancellara sur les monts des Flandres ou sur Paris-Roubaix. Saura-t-on un jour ?

Armstrong et la mafia

C'est bien un retour aux années Armstrong comme je vous le disais dans ma première chronique, côté performances, arrogance, cinéma, facilité, conduite du vélo sans souffrance dans les cols ou contre-la-montre, coté communication, entourage malsain, maîtrise d'adversaires médusés qui ressemblent à des cadets pour Tadej. Il mérite mon surnom « POGASTRONG ». Tout le monde l'a validé dans la caravane et chez les suiveurs.

Ce qui marquera tout autant l'édition, comme une cerise sur le gâteau, c'est le geste à l'arrivée lors du franchissement de la ligne pour sa deuxième victoire pour un autre Slovène, Mohoric dont l'équipe a été perquisitionnée. Ce geste dépasse, et de loin, toutes les fictions possibles. Ce « zip lips » sur ses lèvres et sur sa bouche est le même que celui de Lance Armstrong (voir le « complément d'enquête » sur lance Armstrong de Romain Verley, « Les secrets d'un parrain ») . C'est celui des mafias qui menacent de mort si d'aventure vous parlez. C'est le geste de l'omerta et de la camora. La presse l'a balayé d'un revers de main comme si elle était amnésique ou ignorante. Elle est fainéante, elle a peur, elle montre son vrai visage pleutre. La symbolique de ce geste dans le contexte est plus forte qu'un doigt d'honneur et tout autant dans sa puissance qu'un autre geste de la main en l'air. Pourtant, personne, ni la presse sportive donc, ni même l'organisateur, ni l'union cycliste internationale avec ses commissaires n'a réagi.



C'est un coureur, Philippe Bouvatier, qui m'avait prévenu le premier il ya très longtemps :

- « Tu sais Antoine, faire évoluer ce milieu, ce sera dur : ils mangent tous dans la gamelle. C'est une mafia ».

Pogastrong est au dessus des lois au niveau physiologique, biomécanique, physique. Le propre des mafias c'est qu'elles s'associent quand elles ont des intérêts convergents, qu'elles soient à l'ouest, à l'est, ou plus loin vers l'Asie. Autour de lui, certains sont aussi hors-la-loi.

J'ai mal à mon Tour.

Antoine Vayer